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LES GRANDES PERSONNES

 

VII
Le fils
J'ai retrouvé nos parents et leur joie est telle qu'ils se refusent à entendre ce qui les menace, de même qu'ils ferment leurs oreilles et leur compréhension à tout ce dont ils ne peuvent se justifier. 
Seul compte à leurs yeux de savoir s'ils sont coupables ou non. 
Et s'ils ont décidé qu'ils ne l'étaient pas, peu leur importe le danger, oh ils ne croient à nul danger possible car ils n'auront jamais, pensent-ils, que ce qui leur est dû, en proportions équitables et parfaites. 
Mais c'est faux ! Je suis capable, bien involontairement, de leur faire du mal très au-delà de ce qu'ils méritent.
Ceux qui logent dans la poitrine du fils
A quand notre tour d'être satisfaits ? 
On est dégoûté d'être là depuis si longtemps sans que jamais encore n'ait été accompli ce qui doit l'être. 
On se ronge, on divague et on se tourmente alors qu'on voudrait le repos et, enfin, l'éternité.

Les grandes Personnes

de Marie Ndiaye

 

VII

Le fils

J'ai retrouvé nos parents et leur joie est telle qu'ils se refusent à entendre ce qui les menace, de même qu'ils ferment leurs oreilles et leur compréhension à tout ce dont ils ne peuvent se justifier. 

Seul compte à leurs yeux de savoir s'ils sont coupables ou non. 

Et s'ils ont décidé qu'ils ne l'étaient pas, peu leur importe le danger, oh ils ne croient à nul danger possible car ils n'auront jamais, pensent-ils, que ce qui leur est dû, en proportions équitables et parfaites. 

Mais c'est faux ! Je suis capable, bien involontairement, de leur faire du mal très au-delà de ce qu'ils méritent.

Ceux qui logent dans la poitrine du fils

A quand notre tour d'être satisfaits ? 
On est dégoûté d'être là depuis si longtemps sans que jamais encore n'ait été accompli ce qui doit l'être. 

On se ronge, on divague et on se tourmente alors qu'on voudrait le repos et, enfin, l'éternité.

 

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AUTEUR : Marie Ndiaye

Marie NDiaye, vibrante solitude

« …Depuis ses débuts précoces, (elle a publié son premier livre à l’âge de 17 ans), Marie NDiaye a très souvent suscité l’admiration. La beauté de sa langue ; l’étrange force de son inspiration, sa maîtrise du récit l’ont même imposée comme l’une des figures importantes de la littérature française. A 42 ans, cette femme est donc, de façon certaine, un écrivain. Sa voix s’élève, parfaitement nette, singulière, au-dessus de tous les bavardages. Et laisse derrière elle un écho vibrant, comme le montre fort bien son dernier roman, Trois femmes puissantes, véritable concentré de toutes les qualités dont elle avait fait preuve jusque-là.

Ces qualités ne se rattachent pas à un courant, une école, une génération. Comme la plupart des véritables écrivains, Marie NDiaye est seule. A peu près aussi seule que les femmes de son titre et, par extension, que l’ensemble de ses personnages – ceux de son premier roman Quant au riche avenir (Minuit, 1985), de sa pièce Papa doit manger, qui figure au répertoire de la Comédie Française, ou de Rosie Carpe (Minuit), le roman qui a reçu le prix Femina en 2001.(…) »

Raphaëlle Rérolle - Le Monde, vendredi 28 août 2009.