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FAUST

AUTEUR : Nikolaus Lenau -  Traduction Henri Alexis Baatsch

MIS EN SCENE : Christophe Perton

FAUST - Compagnie indépendante – théâtre, scénographie, opéra, cinéma (Rhone Alpes)

Sans père (depuis l'âge de cinq ans) et désormais sans mère, mélancolique actif et endiablé, Lenau sert Faust entre ses bras. Le mythe s'estompe devant l'ami, le frère. Le personnage du récitant que Lenau invente et auquel il donne une place de choix sert de témoin. C'est lui qui apparaît quand le rideau se lève et nous parle de ce «marcheur de l'aube» allant furieusement vers un sommet parmi les «montagnes déchiquetées»; et le voici, ce Faust vigoureux, qui parle maintenant, en proie au plus grand tourment dans l'air raréfié: «l'ultime fibre de ma foi, je le sens, vient de se rompre», souffle-t-il. Il dit vouloir s'«arracher à la nuit de l'esprit!»

Un rocher cède, reprend le récitant, un chasseur «à l'air sombre» le saisit, l'écarte, le sauve et disparaît. Fin de la première séquence. Soufflante comme la plupart des vingt qui vont suivre. Faust fait l'inventaire. La vanité de la science, la haine des dévôts sont bientôt expédiées. L'amour? «Jamais mon coeur ne s'est enflammé pour une femme terrestre». Reste, ultime et impérieux tourment, «l'amour de la Vérité». Le fruit est mûr. Méphistophélès se dévoile: le chasseur qui l'a sauvé, le médecin qui l'a surpris auprès de son ami Wagner quand ce dernier disséquait un cadavre, c'était lui. La Bible jetée au feu, le pacte peut-être signé. «Prisonnier de la finitude», «expulsé» de lui-même, las de douter, Faust paie le prix fort pour savoir.

La pièce qui frayait les allées balisées du romantisme prend alors toute son ampleur dans une quête en forme de voyage qui, telle une campagne électorale, n'oublie de frapper à aucune porte: ami de jeunesse, bal de village, cour royale, bord du lac, fille du roi, cimetière, équipée en mer. Aux yeux du monde dont il fait le tour, Faust apparaît comme un blasphémateur, un voyou, un gauchiste. «Et si vous n'étiez pas là devant moi,/Débordant de sourires et d'affabilités,/J'aurais depuis longtemps mis le feu à la maison/ tant vos têtes sont butées», éructe-t-il contre le forgeron et sa femme qui lui offrent l'hospitalité avec un peu trop de paroles «bien intentionnées». Chemin faisant, Faust en prend plein la tronche: une mendiante apparaît avec un enfant, elle n'est autre qu'une fille séduite par lui et abandonnée quelques séquences auparavant, elle demande réparation, il lui jette une bourse, s'enfuit. L'enfer suit son cours. Et devant une procession d'enfants chantant dans la nuit de la Saint-Jean, Faust pleure. Et fuit encore. Jusqu'au dernier avatar de la fuite en avant: le suicide. Faust se poignarde. Méphistophélès se frotte les mains.

La construction en éclats, les séquences coupées cut, le recours métronomique au récit, la parole du héros toujours lestée d'une adresse concrète donnent à cette pièce du poète Nikolaus Lenau une stupéfiante fraîcheur. 

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Calendrier :

création 2016 - 2017

Distribution :

distribution en cours